Je viens d'assister à l'une des courses les plus décevantes de ces dernières années. Le Chianti Ultra Trail 2025, supposé être un événement majeur du début de saison, a tourné au scénario sans surprise dans un décor pourtant magnifique. Même François d'Haene, figure emblématique de l'ultra-trail, n'a pas caché sa déception face à un parcours manquant cruellement de technicité et de variété.
Parcours monotone: la beauté du Chianti ne suffit pas
Les collines du Chianti offrent un tableau visuel saisissant, avec leurs vignobles à perte de vue et leurs villages médiévaux. Pourtant, ce cadre idyllique n'a pas réussi à masquer la principale faiblesse de l'événement : un tracé répétitif et peu engageant. Sur les 123 kilomètres et 6000 mètres de dénivelé positif, la majorité du parcours se composait de routes blanches et de chemins forestiers larges, offrant peu de défis techniques.
François d'Haene l'a d'ailleurs clairement exprimé : "Ce n'est pas la course la plus montagneuse et la plus technique qu'on ait vue." Une critique remarquable venant de celui qui venait tout juste de terminer la mythique Pierra Menta, course bien plus exigeante techniquement. L'absence de sections véritablement techniques a rendu la course prévisible, sans les rebondissements qui font habituellement le sel des ultra-trails.
Cette uniformité du terrain m'a rappelé une discussion que j'avais eue avec plusieurs athlètes lors d'un stage d'entraînement l'an dernier. Nous évoquions justement comment l'entraînement musculaire affecte la mécanique de la course de triathlon, et comment les parcours variés sollicitent différemment les groupes musculaires. Sur ce Chianti Ultra Trail, cette diversité manquait cruellement.
Domination de Walmsley et absence de suspense
La monotonie du parcours a directement influencé le déroulement de la course. Dès le kilomètre 50, Jim Walmsley a pris les commandes pour ne plus jamais être inquiété. Son rythme implacable sur les longues pistes roulantes du Chianti lui a permis de creuser rapidement l'écart. À mi-parcours, l'issue de la course était déjà scellée, Walmsley naviguant en solitaire avec une avance considérable.
Voici les écarts significatifs à différents points du parcours :
Point de contrôle | Distance | Temps de Walmsley | Écart avec les poursuivants |
---|---|---|---|
Monteluco | 50 km | 3h12 | +7 minutes |
Gaiole in Chianti | 73,6 km | 5h35 | +18 minutes |
Villa Vistarenni | 87 km | 6h51 | +30 minutes |
Arrivée | 123 km | 9h59'48 | +42 minutes |
Derrière, Kilian Jornet et Vincent Bouillard ont semblé résignés, se contentant de gérer leur course sans jamais tenter de revenir sur Walmsley. Cette approche conservatrice a surpris les observateurs, même si la récente paternité de Jornet (naissance de son troisième enfant quelques jours avant) pourrait expliquer cette retenue inhabituelle.
Standardisation des parcours UTMB: un problème plus large
Le cas du Chianti Ultra Trail soulève des questions sur l'évolution des courses labellisées UTMB World Series. J'observe depuis quelques années une tendance à la standardisation qui privilégie la sécurité et la logistique au détriment de l'authenticité et du défi technique. Cette uniformisation entraîne plusieurs conséquences :
- Des parcours trop "propres" et accessibles, souvent qualifiés de "Gravel friendly"
- Une prévisibilité tactique limitant les rebondissements
- Une perte de l'esprit montagne originel du trail running
- Une faible différenciation entre les épreuves du circuit
Cette tendance me rappelle pourquoi j'encourage souvent les triathlètes à varier leurs terrains d'entraînement. L'entraînement de vélo pour courir plus vite lors d'un triathlon fonctionne justement parce qu'il introduit de la variété dans la préparation. Les courses devraient suivre cette même philosophie.
Réflexions sur l'avenir des ultra-trails
Si l'organisation logistique du Chianti Ultra Trail était impeccable (balisage, ravitaillements, ambiance), ces qualités ne compensent pas le manque d'intensité sportive et de défis réels pour des athlètes de ce calibre. Pour que le trail conserve son âme, il faudra peut-être repenser la conception des parcours, en privilégiant l'authenticité et la technicité plutôt que la standardisation.
Avec mon expérience de passionné qui suit ces courses depuis plus d'une décennie, je m'inquiète de voir l'esprit originel du trail se diluer dans des formats trop lisses. La beauté des paysages toscans mérite mieux qu'un parcours monotone, et des champions comme François d'Haene méritent des terrains à la hauteur de leur talent.